DE-HORS 2008

Aujourd’hui, l’art a tendance à sortir des musées institutionnels. Certains monuments et bâtiments du patrimoine historique deviennent des lieux d’art contemporain. On en dénombre une certaine quantité en France (Consortium de Dijon, l’Usine - Bourgogne; CAPC de Bordeaux – Gironde etc.). Chaque lieu a ainsi son histoire. C’est peutêtre au coeur de ce patrimoine que l’art contemporain, actuel en son temps et sans histoire à proprement parlé, recherche son identité. Considérant la notion d’exposition d’art contemporain comme facteur dynamique de développement local, et des références patrimoniales devenues centres d’art contemporain, nous comprendrons alors, que si la volonté politique est au coeur de la question de sauvegarde, la création contemporaine est à la recherche de nouveaux supports. Et le regardeur va prendre l'image pour lui, se l'approprier et finir l'oeuvre*.

DEHORS! L’art d’aujourd’hui est en proie à des questionnements. Ancré dans une société qui carbure au débat politique et à la surconsommation des matières, l’artiste jouit de ces représentations, et s’expose au coeur de l’histoire en cours. L’exposition que nous proposons ici, se veut concernée par l’actualité. Nous avons donc choisi un thème particulier: l’art a-t-il une identité nationale? Non pas pour soulever de nouvelles polémiques, mais bien pour dresser un tableau plastique des questions fondamentales qui concernent chaque citoyen.


L’art a-t-il une identité nationale ?

L’art. L’art est un langage. S’il n’est pas en effet compréhensible à première vue, il fournit toutefois de l’émotion comme un sentiment de plaisir ou de dégoût. L’art est un message plastique. La forme contemporaine que prend la création plastique aujourd’hui, invite le regardeur à tourner autour de l’œuvre, s’interroger sur un volume et sur ce qu’il signifie. Créer de nouvelles formes, de nouvelles pratiques, de nouveaux usages.

Identité. Du latin idem, qui signifie « le même », l’identité est « un principe fondamental de la logique traditionnelle, selon lequel toute chose est identique à elle-même : A est A » (in Le Petit Larousse illustré).

Art est Art. Peut-on aujourd’hui, avec la mondialisation et celle du marché de l’art, considérer un mouvement plastique unique, ou existe-t-il encore une pratique créative propre à chaque culture nationale, voir continentale ?
Aujourd’hui, le système de mondialisation, qui consiste à développer à travers la Terre un même langage et une même culture, intervient ou interfère, dans la plupart des systèmes sociaux de la planète. Nous assistons à la création d’un code commun, qui permet le partage de l’information, et une communication mondiale sans perte de données. Ce qui devient intéressant, c’est la prise de position du marché de l’art sur la pratique créative des artistes du monde entier. Car, aujourd’hui, l’art contemporain d’Afrique, est toujours considéré comme premier, l’art contemporain indien est inconnu ou presque du public, comme l’art contemporain amérindien, est écarté de l’autre côté de l’océan (ce qui nous amène à considérer l’Europe comme le centre du monde…). Le code de lecture est donc édifié par le vieux continent, et chacun doit s’y conformer afin d’accéder au réseau planétaire. Processus peu banal de la définition de l’identité des cultures vouées à s’entrechoquer entre la tradition et la contemporanéité de l’histoire.
Et si l’on parle de code de communication, nous établissons encore plus sévèrement des codes esthétiques fondamentaux. Ce qui expliquerait la non-présence des artistes d’Amérique Latine ou d’Afrique sur la scène contemporaine mondiale.
En définissant l’art contemporain comme initiateur et premier mouvement d’art du monde,
L’art a-t-il une identité nationale ? Cette problématique nous permettrait de comprendre la fracture entre les mondes de l’art.

Cette identité… Si une crise se développe autour de cette notion identitaire, ne croyons pas en la haine qu’elle permet. Considérons plutôt une société en crise. Une forme sociale qui a besoin de chacun pour avancer. Un système global qui repose sur chacune des épaules citoyennes, et non pas sur un homme qui voudrait tout porter. Car le symbole même d’une société ce n’est pas son gouvernement ni ses dirigeants, présent pendant un temps seulement, mais bien l’histoire des citoyens qui ont construit leur culture et leur savoir, ensemble. Et que nous le voulions ou non, nous sommes tous les mêmes. Nous avons tous cette identique identité : je suis un être humain. Mon identité est la même que celle de mon voisin. La société ne me fait pas, je fais la société, je suis la société.

La création de l’œuvre d’art est mon identité. Chaque période de l’histoire est représentée par des images. Le sens des mots laissent place à la symbolique des images. Elles sont notre passé, elles sont le monument de l’humanité. Chaque époque a cherché à tracer de sa main une empreinte indélébile dans le temps. L’art n’a pas forcément d’identité nationale. En revanche, l’art représente l’histoire ; il représente notre monde.
Une vérité ne s’inscrit jamais en son temps. L’œuvre est en revanche le témoin de l’histoire, l’œil de la société, duquel je regarde mon passé, ce que j’étais.

Peut-on au XXIème siècle définir une identité artistique et créative particulière à une culture ?

Chaque culture a ses propres pratiques culturelles, ses traditions ancestrales, rituelles, sociales et religieuses. Chaque pays a une Histoire.

Et si l’art a bien une identité propre, que l’œuvre soit l’image de sa culture, il s’agît avant tout d’une représentation de celui qui crée. L’art est une représentation de soi. Et lorsque l’artiste voyage à l’autre bout du monde, il porte en lui, les valeurs, les codes esthétiques et les messages de sa propre culture au sein même de son œuvre là où elle s’expose.

C’est pourquoi nous investissons ce champ polémique à des fins plastiques. En effet, il apparaît nécessaire de se servir d’un médium particulier afin de transmettre une idée, une conception, et de proposer une nouvelle représentation du monde.
L’intérêt de cette exposition se qualifiera donc par sa diversité plastique en invitant ces douze artistes à s’exprimer librement sur un thème actuel, et fondamentalement ancré dans notre vie quotidienne. Les œuvres exposées seront présentées suivant l’ordre établit d’une société perdue, en quête d’elle-même.

* C. Boltanski in La vie possible de Christian Boltanski de C.Boltanski et Catherine Grenier, Seuil, 2007, Paris.

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